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Lombez évêché rural

Exode de Retonfey à Lombez

Pendant la guerre 1939-1945

Retonfey (Exode 1940/1945)

En novembre 1940, près de 70 lorrains venant de la région de Metz, plus exactement de Retonfey,  sont dirigés vers Lombez durant l'exode consécutif à l'annexion de l'Alsace-Lorraine par les Allemands. Pendant quatre ans, ces familles vécurent dans les foyers lombéziens, certains s'y marièrent. 

On se souvient d'une première fête commémorative  en 1988 et 1989 et une grande commémoration vient d’avoir lieu à Retonfey du 6 au 13 octobre 2008. Les 70 ans ont été fêtés à Lombez avec une délégation venue de Retonfey du 5 au 9 mai 2010. 

Un peu d'histoire de Retonfey ...

Les armoiries de la commune de RETONFEY : Fascé d’ore et d’azur de huit pièces chapé d’azur : Les bandes horizontales d’or et d’azur sont les armes du Haut-Chemin, partie du Pays messin à laquelle appartenait Retonfey. La « chape » d’azur, symbole du manteau de Saint-Martin, rappelle que Saint-Martin est le patron de la paroisse.

Depuis fin 1948 elle comporte la Médaille Militaire accrochée au bas de l’écusson par décision N°63 dont voici la teneur :

Le secrétaire d’état aux Forces Armées (Guerre) cite à l’Ordre de la Brigade : RETONFEY (Moselle).

« Petite commune lorraine qui, dès 1940, victime de la barbarie nazie, eut à déplorer 180 expulsés, 7 déportés, 9 tués et blessés. Théâtre de durs combats livrés, Retonfey, de septembre à novembre 1944 pour sa libération alors que les allemands cherchaient par tous les moyens à retarder l’avance des Alliés, fut en grande partie détruite ». Par son courage, ses souffrances et sa fidélité, s’est acquise des droits à la reconnaissance du Pays ».

Cette citation comporte l’attribution de la Croix de Guerre avec Etoile de bronze.
Paris le 11 Novembre 1948
Signé : Max Lejeune

Retonfey comporte aujourd’hui 1400 habitants, pas de commerces, un « lavoir » datant de 1888 rénové servant de salle municipale aménagée avec cuisine et toilettes, décorée par la jeunesse rétonfeyenne.

Suite à la destruction de Retonfey, de nombreux lotissements se sont implantés du fait que la commune située à environ 20 km de Metz est plutôt une cité dortoir dont bon nombre de ses habitants travaillent chez PSA Peugeot Citroën dans la banlieue de Metz. Une nouvelle école primaire et maternelle offre aux enfants de Retonfey des salles très éclairées et une  installation moderne tant dans ses structures intérieures et extérieures puisqu’elle comporte de nombreux jeux pour enfants et un superbe jardin potager que les enfants et leurs enseignants ont à cœur d’entretenir au fil des saisons.

La rue de « Lombez » donne d’ailleurs accès à l’école et la plaque commémorative dévoilée le 11 octobre 2008  trône sur son fronton, rappelant les liens indéfectibles qui lient les deux communes de Lombez.

 

Patrimoine :

La première église Saint-Martin de Retonfey a été construire vers le milieu du 12e siècle. Henri, comte de Salm, fit donation de sa fondation à l’église Notre Dame la Ronde (sise en la cathédrale de Metz) en 1189 à la veille de son départ en croisade.

De l'église primitive il ne reste que les deux tiers inférieurs du clocher-tour roman.
Le chœur et la nef actuels ont été édifiés et orientés nord-sud (perpendiculairement aux anciens) entre 1769 et 1771 puis restaurés dans leur état actuel à l’occasion de très importants travaux réalisés dans les dernières années du 19e siècle.
La nef est de forme « grange » pouvant contenir 400 personnes assises. Son plafond trilobé, en plâtre et stucs sur lattis et ossature bois, est de très belle facture.

Le 16 janvier 2004, des éléments se sont détachés de la voûte entraînant la fermeture immédiate de l’édifice. Le diagnostic a alors révélé, entre autres, une fragilisation de l’ossature de la voûte nécessitant une rénovation complète de cette dernière.
Si les premiers travaux de confortation ont permis la réouverture de l’église à Noël 2004, la remise en état définitive reste à faire.
La Fondation du Patrimoine s’associe à la restauration de l’Eglise Saint-Martin de Retonfey, en mobilisant le mécénat de particuliers par des bons de souscription que peuvent souscrire toute personne voulant s’associer à la restauration de la voûte.

Fondation du Patrimoine – Délégation Régionale Lorraine 62 rue de Metz 54000 NANCY
Extrait du document imprimé par le Conseil général de la Moselle

 

Commémoration du mois d'octobre 2008 ...


Groupe de lombéziens avec la municipalité de Retonfey
reçus au Conseil Régional de Lorraine le 7 octobre 2008

Sur invitation de la municipalité de RETONFEY, une délégation de 16 personnes partit le 6 octobre 2008 par le TGV Lorraine pour arriver en début de soirée à Retonfey où, un repas pris en commun avec les familles accueillantes instaurent les premiers instants de convivialité. Seules quatre personnes de Lombez ayant vécu cette époque faisaient partie du groupe et connaissaient la plupart de nos interlocuteurs car les liens n’avaient cessé de se tisser depuis 1988 et 1989 où des premiers rapprochements eurent lieu entre les deux municipalités.

 

Le Maire, Christian Petit fit son discours de bienvenue et donna la parole à Jean-Pierre COT, 1er adjoint, représentant la municipalité de Lombez. Deux membres du groupe lombézien-samatanais fêtaient d’ailleurs leur anniversaire, pour Simone ses 80 ans, et le verre de l’amitié fut levé en leur honneur.

L’accueil dans les familles était très chaleureux et très bien organisé. Les jours suivants, le groupe et les accompagnateurs de la Municipalité de Retonfey furent reçus au Conseil Régional de Lorraine et visitèrent au cours de la semaine :

  • Le Fort et l’ossuaire de Douaumont près de Verdun, mémorial de la 1ère guerre mondiale
  • Une brasserie artisanale à Pont à Mousson et le Musée de la Bière à St-Nicolas du Port près de Nancy
  • La maison de Robert Schumann, l’un des pères fondateurs de l’Europe
  • L’exposition du projet du Centre Pompidou à Metz et le chantier déjà bien avancé accompagné par l’architecte de la ville qui expliqua dans le détail la construction et le projet lui-même, l’ouverture au public étant prévue pour le premier semestre 2010

Samedi après-midi eut lieu le rassemblement devant le monument de la Paix de Retonfey avec les anciens combattants ainsi que les deux Maires respectifs qui déposèrent une gerbe, cérémonie au cours de laquelle la Curé de Retonfey intervint ainsi que la Cantatrice C. Boyer qui chanta la Marseillaise et l’Hymne européen pendant qu’un envol de colombes clôtura la cérémonie des discours.

Un convoi de voitures militaires, jeeps, ambulances et autres datant de la dernière guerre mondiale emmena les plus âgés vers la cour de l’Ecole, où les enfants accompagnés des enseignants ravirent la population par leurs chants et la cantatrice sut remuer les cœurs en chantant la « Lombézienne » reprit en choeur par les anciens lombéziens.

Une émotion très forte régnait dans le public notamment lorsque les plaques commémoratives sculptées dans la « pierre jaune de Jaumont » par un artiste local furent dévoilées au public après la lecture poignante de récits de l’exode par un écrivain et par Jeanne, une des exilées –décédée début 2009-. Ce fut Huguette, née à Lombez en 1943, qui se fit son interprète et plus d’une personne dans la foule eut la gorge nouée ou versait quelques larmes.

Une superbe exposition a été réalisée par la municipalité de Retonfey sur l’exode de 1940 avec l’aide des archives départementales pour la mise à disposition des affiches notamment, un film retraçant la vie quotidienne, des objets prêtés pour reconstituer les équipements de l’époque, bref ce fut une journée mémorable.

Une messe rassemblait dimanche matin toute la population qui, profitant du séjour des lombéziens, avait organisé le repas du 3e âge et 180 personnes purent ainsi se régaler, avec un repas bien lorrain où la blanche « Mirabelle » ne fut pas oubliée. Un orchestre de variétés fit danser tout l’après-midi une assemblée qui se sépara sur le traditionnel « ce n’est qu’un au revoir » et le souhait de voir s’instaurer à Lombez la même volonté de rassembler les deux villages dans une même fraternité pour laisser à la jeunesse le souvenir d’une amitié et d’une solidarité indestructible.

 

Voici le texte de l’écrivain qui situe bien la douleur des expulsés au cours de l’exode

De Retonfey à Lombez en passant par Lyon (novembre 1940)
Vichy, le 15 novembre 1940 – Communiqué officiel :
« L’Office des affaires étrangères du Reich fait savoir à la Préfecture de Lyon que demain 16 novembre 1940, 8 nouveaux convois d’expulsés mosellans seront mis en route en gare de Metz-Marchandises à destination de Lyon-Brotteaux. »
Et parmi ces convois, les trains n°28, 30 et 31 dans lesquels se trouvent les 159 habitants de Retonfey que l’administration allemande en la personne du Gauleiter Joseph Burkel a jugé nécessaire d’expulser en zone libre pour leur substituer des Siedlers, c’est-à-dire des colons sarrois. Germanisation des régions annexées oblige.
Gare de Lyon-Brotteaux, 17 novembre 1940 :
Victor, un solide gaillard de 33 ans, habituellement si sûr de lui et de son geste quand il s’agit de mener l’attelage dans ses champs de la Tournaille, descend du train n°31, totalement engourdi par le froid et hébété par d’interminables heures de voyage dans des wagons dénués du confort le plus élémentaire, ceux de la Reichsbahn.
Hébété au milieu d’une foule dont biens des visages lui sont pourtant familiers à commencer par celui du curé de la paroisse.
Désemparé au milieu des cris et des pleurs, Victor pose à terre son unique valise, il est vrai que les 50 kg de bagages par personne royalement accordés par les allemands aux expulsés ne sauraient encombrer les quais de la gare de Lyon.
Le flot des expulsés propulse Victor bien malgré lui vers le comité d’accueil constitué lui aussi d’indésirables comme Mgr Heintz, Ségolène de Wendel et Charles Bourrat, ex-préfet de la Moselle tandis que les membres de la Croix-Rouge se dévouent sans compter aux plus âgés comme aux plus jeunes.
Victor avale difficilement la soupe aux lentilles qui leur est servie contrairement au petit Paul Gaillot à qui le tragique de la situation échappe totalement : du haut de ses trois ans, ne réclame-t-il pas une ration supplémentaire de lait ? Insouciance salvatrice de l’enfance.
Soudainement toutes les têtes se tournent vers la voix grésillante d’un haut-parleur et les déracinés apprennent enfin quel coin de France encore libre leur a été assigné par Vichy. Mauvaise nouvelle : le groupe des expulsés de Retonfey éclate : 18 d’entre eux seront dirigés vers l’Ardèche, 64 vers le Tarn et 77 vers le Gers.
Le départ vers l’inconnu est imminent. Regain d’angoisse.
Lombez, Lombez marmonne Victor, lui dont l’horizon s’était limité jusqu’alors aux confins du pays messin comme tant d’autres.
Une fois installé dans un train un peu plus confortable, la paysage nouveau qui défile ne parvient pas à distraire Victor des images obsédantes qui l’assaillent sans répit : celles du départ précipité. O, bien sûr, on s’y attendait, depuis le 11 novembre on vivait dans l’angoisse continuelle du « demain à qui le tour » .
Les derniers espoirs s’étaient d’ailleurs évanouis quand on avait appris comment Noisseville et Servigny-lès-Sainte-Barbe avaient été vidés de leur substance le 15 novembre au petit matin.
Et Victor n’est plus dans le train qui l’emmène à Lombez, il est encore chez lui.
A 5 h. du matin le silence qui plombe le village est soudainement brisé par des moteurs de cars et des bruits de bottes.
Victor a compris, il se lève, rassemble à la hâte des affaires déjà prêtes avant que des coups violents ne retentissent à sa porte comme à celle de ses voisins. Surgissant de l’obscurité des soldats allemands à la carrure impressionnante brandissent un papier, coupent l’électricité, poussent les gens dehors sans ménagement, et referment les portes d’entrée dont ils conservent les clés.
L’occupant pourra ainsi se livrer en toute légalité et impunité au pillage et à la spoliation organisée.
En fait, ce n’est pas le mobilier ni même l’outillage laissé derrière lui qui taraude Victor, mais bien plutôt ses chers compagnons de labeur, 3 magnifiques chevaux de trait Ardennais. Et qui va s’occuper de Bijou, de Mascotte, de Poulette ?

 

5 ans plus tard, Lombez – Février 1945

Victor et son compatriote Paul avec qui il partage depuis leur arrivée un petit meublé confortablement aménagé grâce à la générosité des Lombéziens, remontent d’un pas alerte la route de Montarus pour gagner les berges de la Save.
La Save qui pendant 5 ans porta jusqu’à la Garonne la nostalgie des expulsés pour leur lointaine lorraine. La Save, but des promenades dominicales pendant lesquelles on ne se lasse pas d’évoquer le moindre recoin du village natal …
« Tu sais, Victor, cette fois on parle sérieusement de retour. Certains veulent même partir en éclaireurs ».
Mais retour n’est pas synonyme de fin des épreuves, d’autres difficultés attendaient les expulsés.
Néanmoins, ils allaient emporter avec eux quelque chose de précieux et qui ne pèserait pas bien lourd dans leur maigre bagage : le souvenir ému de leur village d’accueil gersois immortalisé à Retonfey par une rue : la rue de Lombez, sans parler des liens d’amitié indéfectible qui ont perduré comme le prouve assez les festivités de cette semaine.

 

COMMEMORATION du 8 MAI 2009 à LOMBEZ

Nous avons eu l'agréable surprise de recevoir pour le 8 mai 2009 plusieurs élus de Retonfey dont le Maire Christian Petit, son 1er adjoint Alain Pillot et un conseiller municipal René Klein, accompagnés tous trois de leurs épouses.

 
 

 Discours de M. Petit-Maire de Retonfey et M. Loubon

 Maire de Lombez

 

 

Dépôt de gerbe du Maire de Retonfey

le 8 mai 2009 accompagné d'un enfant

habitant la rue de Retonfey à Lombez

 

 

 

Outre le fait que Christian Petit le Maire ait déposé une gerbe au Monument aux morts après un long discours que nous reprenons ci-après, cette visite a permis au groupe de lombéziens qui était à Retonfey en octobre 2008, d'inviter les lorrains à un repas pris en commun au Val de Save à Lombez. Un CD comportant la chanson "la lombézienne" interprétée par la chanteuse C. Boyer a clôturé cette belle rencontre réunissant près d'une trentaine de personnes.

 

 

Une visite de la Maison des Ecritures et de la Médiathèque où l'exposition sur le RETIRADA espagnole a interpellé nos lorrains par la similitude des évènements dans le cadre de l'exode espagnol cette fois, suivie de la visite de la cathédrale où le tableau de St-Majan restauré et mis en place une semaine avant a retenu l'attention du groupe.

 

 

 Lydie Pillot, épouse de l'adjoint de Retonfey Alain Pillot à droite, Christian Petit, Maire de Retonfey et son épouse, Jean Loubon, Maire et Conseiller général de Lombez, Marie-Thérèse Caille, adjointe à la Culture de Lombez.

 

La municipalité de Lombez a lancé l'invitation à  la municipalité de Retonfey pour une délégation d'une trentaine de personnes qui seront logées dans des familles d'accueil (s'inscrire auprès du Syndicat d'iniative de Lombez). Le programme prévoit une réception des lorrains à partir du mercredi 5 mai 2010 jusqu'au samedi 8 mai pour la partie officielle.

 

                                     DISCOURS de M. Petit - Maire de RETONFEY

                                                  le 8 mai 2009 à LOmbez

 

                 C’est avec beaucoup de plaisir que nous nous retrouvons parmi vous. Je n’ai pas l’intention de vous faire un grand discours, cependant le 8 mai est pour moi un moment fort, poignant qui se décline en trois thèmes ; le respect pour toutes ces personnes qui ont fait le sacrifice de leurs vies, les remerciements aux anciens combattants, et la traditionnelle phrase : plus jamais ça !

Aujourd’hui j’y rajouterai le souvenir et si vous le voulez bien je vais vous raconter une histoire, ou plutôt lire un écrit. Ceux qui sont venus à Retonfey, le 6 octobre 2008 l’ont déjà entendu, mais je crois qu’il est important que tout le monde sache pourquoi Lombez et Retonfey.

 

« Nous sommes le 16 novembre 1940 (il y a de cela 68 ans). J’avais 12 ans. Nous avons essayé avec Jeanne et Huguette de retracer cette période difficile à vivre surtout pour nos parents et grands parents. C’est la guerre. Nous sommes prévenus que nous allons être expulsés. Chacun se prépare. Les adultes essaient de cacher dans la maison les objets précieux (vaisselle, linge, horloge) puis des produits d’alimentation (farine, café, pâtes).

Dans la maison au dessus du four à pain, il existe une cachette au grenier recouverte de foin. C’est là qu’on a entassé autant que l’on pouvait. Maman a même apporté ma poupée. (Entre parenthèses, quand nous reviendrons on s’apercevra que cette cache a été découverte : par qui ? On ne l’a jamais su).

Les allemands imposent à nos parents d’opter pour la France (nous serons expulsés) ou pour l’Allemagne (dans ce cas nous resterons à Retonfey). Les Lorrains, très patriotes optent, pour la plupart pour la France : donc expulsion.

Les mamans préparent les bagages : 30 kg chacun et 2 000 francs (300 €) ; à 8h30, le départ commence. Les cars sont arrivés sur la place. Les mamans pleurent, les papas courageux tentent de les réconforter. Il y en a pour un mois peut être, disent ils. Les allemands seront partis et on retrouvera tout comme avant. Hélas ! Et les enfants ? Ils vont voyager en bus, en train ; cela leur fait penser aux vacances ?

Les bus escortés par les Allemands nous conduisent à Metz. Après quelques heures, le train part pour Nancy. A un moment, il s’arrête, repart en arrière. Ont-ils décidés autre chose ? Beaucoup pensent qu’ils nous emmènent en Allemagne. C’est un peu la panique.

Non ! Le train repart et nous sommes dirigés vers Macon. Arrivés là, on entend : « présentez armes ! ». Les soldats d’un régiment nous rendent les honneurs militaires. Nous sommes des Lorrains, des amoureux de la patrie. Puis le train défile : Lyon, Toulouse. En car nous sommes dirigés vers Mauvezin, une petite ville du Gers.

Mauvezin. Nous logeons dans des baraquements en bois. Les lits s’appellent des « châlits » (définition du dictionnaire : cadre de lit en bois), le sommier des lattes en bois, le matelas bourré de paille. Les femmes et les enfants ont leur baraque, les hommes et les garçons, la leur. Ils se retrouvent aussi à la cantine.

Nouveau départ : Lombez

Nous mangerons aussi à la cantine et à chaque famille a été attribuée une nouvelle maison. Puis distribution à chaque foyer d’un petit poêle en fonte sur lequel nous pourrons cuisiner. ( La famille Pister , comptant 13 personnes logera au Pensionnat Fénelon ; la famille Klein , à la prison non utilisée depuis longtemps, près de la gendarmerie). C’est dans ce pensionnat que Melle Zwibel, qui est réfugiée comme nous, ouvrira une classe d’une douzaine d’élèves

(Il y avait déjà la classe de M Panis de l’école libre)

Pendant ce temps passé à l’école pour les enfants, les pères parcourent la campagne du Gers en quête de patates, topinambours et rutabagas. Les commerçants bienveillants ne regardant pas trop ce qui nous revient avec les tickets de ravitaillement et il y a toujours un petit supplément.

Puis arrivent pour les enfants, ce que j’appelle « les grandes vacances ». Nous avons fait la connaissance des petits Lombéziens et partagions les jeux avec eux sous la halle magnifique, près de la cathédrale et le patronnat.

 

J’y pense : c’est à la cathédrale que nous répétions avec l’archiprêtre Saveran, les chants de Noël, enfants de Lombez et de Retonféy. Avec eux aussi, les maîtres et maîtresses ont organisé une soirée théâtre très réussie. Évidemment les petits lorrains y parlaient de leur « chère Lorraine ». Les moissons, les vendanges étaient pour nous de grands moments. C’est dans ces petites métairies que nous avons dégusté le millas et

« le fameux cassoulet »

En été, les baignades dans la Save, les pique-nique après nos ébats. Cela ne rappelle-t-il pas les vacances ? On ne pensait pas à la guerre. Nos parents n’y faisaient pas souvent allusion, sans doute pour ne pas nous effrayer.

Et puis vers la nouvelle année, le ramassage de vêtements, de couvertures pour des plus démunis que nous. Nous interprétions en patois gascon un chant, pour que les portes s’ouvrent et fiers de notre « récolte », nous les étalions sur de grandes tables à la sous- préfecture, où nos mamans ont trouvé des trésors.

Et le grand jour est arrivé. Le retour à la maison eut lieu en mai 1945, après 5 années passées à Lombez. Nos parents n’ont pas retrouvé grand-chose : plus de meubles, plus de vaisselles, plus de linge. Les hommes sont allés en Allemagne récupérer chevaux, vaches, quelques outils agricoles et des meubles.

Nous avons essayé de retrouver une vie normale, mais souvent nos pensées sont allées vers ces gens qui nous avaient si bien accueilli ; vers nos amis que nous avions quittés.

Maintenant vous en savez un peu plus et pourquoi il y a une « Rue de Retonfey à Lombez ».

Je viens de me rendre compte d’un fait essentiel : les naissances qui eurent lieu pendant cette période : Gilbert GAILLOT le 31/10/1941 à Auch, Huguette LECLAIRE, née KLEIN, le 14/01/1943, Jean Paul VIBRATE, le 24/04/1943, Monique GAILLOT le 31/01/1944 et les décès de Mme Marie BOULAY (Grand-mère de Mme PETIT) et de M Louis GUILLON. »

Cette histoire est l’histoire de Madame Jeanne TRESSE épouse MAURICE mais qui nous a quittée le 2 janvier 2009 avec la joie d’avoir revu ses amis de Lombez. Mais aussi celle de nombreuses personnes qui ont vécu cette période.

Vous le voyez, pas de haine, juste des souvenirs, plutôt un témoignage d’une jeunesse autre que celle de nos enfants ; Alors, souvenons-nous et racontons leurs sans haine, ni rancune, pour que « plus jamais ça » devienne une réalité. 

 

Du 5 mai au 12 mai 2010, une délégation de 30 Lorrains de Retonfey est venue commémorer les 70 ans de l'exode à Lombez.

Des photos prises lors de la pose de la plaque commémoratie à l'école Pétrarque peuvent être consultées dans l'onglet "culture et manifestations, rubrique photothèque Retonfey".

Nous reprenons les discours et hommage rendus au cours de cette manifestation :

 

H O M M A G E en chanson de RETONFEY A LOMBEZ

 

de Monsieur James Dujardin

à la salle de la Ramondère le 9  mai 2010

 

Inspiré d’une chanson de Jean-Marie Bourgeois, musique de P. Rivière

« Il suffirait de presque rien »

 

"Il a suffi qu’un beau matin

"Des camions viennent un par un

"Pour que l’on quitte le village

"Dans notre valise en carton

"On a glissé des provisions

"Qu’allait-on faire comme voyage

 

"Nous n’étions pas dans l’allégresse

"Sur les quais de la gare de Metz

"Ils nous font monter dans le train

"Retonfey semble si loin

"Voilà maintenant c’est le départ

"On réalise mais un peu tard

"Que l’avenir sera bien noir

 

"Que deviendront toutes nos bêtes

"Notre Cheval, le chien, le chat

"Et la basse-cour….

 

"Il a suffi de presque rien

"La main tendue des Lombéziens

"Pour qu’à nouveau on puisse y croire

"Une couverture, un morceau de pain

"On n’allait plus broyer du noir

"Nous avions au cœur beaucoup d’espoir

 

"Les maisons se sont ouvertes

"Les papas ont travaillé

"Dans cette campagne toujours verte

"Merci à vous les Lombéziens

"Car c’est sûr, ce n’était pas rien

"D’accueillir tous ces Lorrains

 

"Du plus profond de notre cœur

"Depuis des ans, des mois, des heures

"On pense à vous

"On connaît bien vos sacrifices

"Et nous dirons aux filles, aux fils

 

"N’OUBLIEZ JAMAIS

"CE QU’IlS ONT FAIT

 

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